Lanaudart logo Édition décembre 2022 / 81e édition
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Dans sa sixième année!
Mise à jour: 14 octobre 2022
Musée d'art de Joliette

Le Musée d’art de Joliette a pour mission d’acquérir, de conserver, de mettre en valeur et de diffuser des œuvres anciennes et contemporaines d’artistes québécois, canadiens et étrangers au moyen d’expositions et d’activités culturelles et éducatives.

La collection du Musée d’art de Joliette est aujourd’hui composée de huit mille cinq cents œuvres réparties en quatre collections : art canadien, art européen, art contemporain et archéologie. La politique d’acquisition ou de documentation du Musée, de même que ses nombreuses collaborations avec d’autres institutions du Québec, du Canada et de l’étranger, lui permettent d’atteindre ses objectifs de conservation de sa collection et de demeurer extrêmement dynamique sur le plan de la recherche.

S’adressant à un public de tous les âges, le Musée d’art de Joliette inscrit ses actions dans une démarche de démocratisation culturelle visant à rendre accessibles les connaissances émergentes dans le domaine des arts visuels. La diffusion de ces connaissances se concrétise par la mise sur pied d’expositions permanentes et temporaires ainsi que par la publication de catalogues, la mise en circulation d’expositions, la réalisation de projets hors les murs, le prêt d’œuvres d’art et un programme de visites commentées et d’activités éducatives et culturelles (conférences, rencontres-causeries, concerts, lectures publiques et voyages culturels).

Les îles réunies

Les îles réunies est l’exposition permanente du Musée d’art de Joliette. Rassemblant une centaine d’œuvres de la collection, cette présentation ne dispose d’aucune contrainte chronologique ou thématique. L’exposition met en relation tant des œuvres du XIVe siècle que des installations récentes. À travers les différentes disciplines des arts visuels, des créateurs tels Paul-Émile Borduas, Isabelle Hayeur, Ozias Leduc, et Guido Molinari y sont représentés et s’y donnent la réplique.

La magie de cette exposition réside dans le pouvoir d’interpellation des œuvres entre elles. Un détail d’une sculpture pourra, par exemple, trouver une correspondance dans une photographie disposée à proximité. Toute la finesse de la mise en espace et du jeu muséologique pourra y être admiré. Les îles réunies vous convie donc à une rencontre éphémère du passé et de l’actuel, dans un choc de sens et de significations.

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Le temps suspendu de Claudie Gagnon

Réalisée dans le cadre de la Politique d’intégration des arts à l’architecture, Collections, le temps suspendu est une installation de l’artiste multidisciplinaire Claudie Gagnon. Fixée au-dessus de l’escalier qui mène au toit du Musée, l’œuvre se compose de centaines d’objets en verre et en cristal. Suspendue à une plaque d’acier inoxydable polie, l’installation est rehaussée par un effet miroir saisissant. À la tombée de la nuit, Collections, le temps suspendu demeure visible de la rue, puisqu’un éclairage a été conçu en conséquence. Vue de loin, elle produit une nuée scintillante qui varie au gré de la lumière naturelle. Admirée en proximité, elle laisse place à l’observation de fins détails.

Mise en abîme de la fonction première du musée, Collections, le temps suspendu rassemble des centaines d’objets de brocante qui rappellent des artéfacts trouvés dans des cabinets de curiosités d’un autre temps. Les pièces ainsi regroupées sont issues de différents pratiques et métiers dont les sciences et les arts. Comme s’ils étaient figés dans le temps, ces objets composent une œuvre ludique qui interpelle l’imaginaire.

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Femmes modernes

Les œuvres choisies pour ce nouvel accrochage de la collection mettent en vedette des œuvres réalisées par cinq femmes, dont le langage pictural illustre les tendances esthétiques de la modernité en peinture dans l’entre-deux-guerres au Québec.

Avant les travaux de l’historienne de l’art Esther Trépanier, la modernité en art au Québec était établie en 1942, avec l’arrivée de l’abstraction, ou encore en 1948, avec la publication du manifeste Refus global. Pourtant, de nombreuses productions artistiques ne s’identifiaient pas à la tradition, à l’académisme ou au régionalisme au point de vue esthétique. Dans ces œuvres se perçoit l’influence des avant-gardes artistiques européennes du début du vingtième siècle qui arrivent plus tardivement au Québec. Parmi les caractéristiques de la modernité en peinture, notons l’apparition de nouveaux sujets (paysage urbain, vie urbaine, portrait), la mise en valeur de la subjectivité, de l’expressivité et de l’arbitraire par des couleurs et des jeux de perspectives qui ne sont plus représentatifs du réel.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale
, le nombre de femmes à accéder au statut d’artiste professionnelle ne cesse de s’accroître. L’ouverture des Écoles des beaux-arts de Québec (1922) et de Montréal (1923) contribue alors à cet essor. Agnès Lefort et Irène Senécal comptent d’ailleurs parmi les premières femmes à fréquenter l’École des beaux-arts de Montréal. Les femmes sont présentes dans les diverses expositions de regroupements d’artistes créés à partir des années 1920. Pensons au Groupe du Beaver Hall (1920-1922), au Canadian Group of Painters (1933-1953), à l’Eastern Group of Painters (1938-1950), au groupe des Peintres juifs de Montréal (1930-1948), à la Société d’art contemporain (1939-1948), mais aussi aux sociétés d’aquarellistes, de graveurs et autres. Elles exposent dans les galeries de Montréal, les galeries des grands magasins, comme l’Eaton’s Art Gallery, et participent aussi aux expositions pancanadiennes qui circulent au Canada et à l’étranger.

Peintres professionnelles, enseignantes, militantes engagées dans la modernité, elles sont grandement impliquées dans le milieu artistique québécois. Appartenant à trois générations d’artistes, Agnès Lefort, Irène Senécal, Lilias Torrance Newton, Ghitta Caiserman et Rita Briansky sont reconnues pour leur contribution à la peinture moderne d’ici, c’est-à-dire pour leur art, leurs participations aux importantes expositions de l’époque, leurs activités de diffusion et de promotion des arts, leur enseignement et bien sûr leur engagement dans les regroupements d’artistes. Encore trop peu connues, nous leur redonnons une visibilité aujourd’hui afin d’inscrire leur art dans l’esprit des plus jeunes générations.

Du 25 septembre 2022 au 15 janvier 2023.

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Les Impatients/En marge et en vie

À propos

Les Impatients est un organisme de création et de diffusion en art hors-norme, singulier et brut dont la principale mission est de venir en aide à des personnes ayant des problèmes de santé mentale par le biais de l’expression artistique. L’organisme accueille plus de huit cent cinquante participant.e.s par semaine dans vingt et un points de service au Québec, dont un se situe au cœur même du Musée d’art de Joliette (MAJ).

Sous l’inspiration des marges et de leurs pourtours multiples et changeants, l’exposition présente une ode aux personnes marginales, incomprises, audacieuses et aux esprits colorés. La marge y est présentée comme étant l’endroit où les gens confrontent les limites, défient les normes et découvrent de nouvelles avenues. Les gens qui y baignent peuvent naviguer en eaux troubles, mais ce parcours n’est pas vain. Par leur création et leur parcours, ils et elles ouvrent ainsi de nouvelles portes, défoncent les limites et redéfinissent la normalité. Leur présence affirmative aide la société à découvrir la beauté que peuvent porter les différences et permet aux générations futures d’espérer vivre avec moins de préjugés, dans un monde ouvert, inclusif et enveloppant.

Ces personnes marginalisées sont nos guerrières, nos exploratrices, nos créatrices. Elles sont nos couleurs vives.

L’exposition présente cette belle sensibilité qui les caractérise et qui fait d’eux et d’elles des artistes inspiré.e.s. En marge et en vie démontre une belle diversité de points de vue et de personnalités. Elle est le résultat de leurs efforts soutenus et de leur passion.

Ce projet est rendu possible grâce au don fait à la mémoire de madame Juanita Toupin.

Les artistes

Alain, Aline, Bob L’étrange, Capri, Chantal, Claire, Émilie, François Brunet, François St-Gelais “Corso”, Ghyslain Giroux, Ginette, Isidore Gravel, Jano, Josée Brûlé, L.S., Linda Dussault, Mado, Manon, Manon Prud’homme, Marie-Judith, Marleen Rasset, Martin Gagnon, MDP, Nancy, Nath, Norm, Philippe Gagnon Marchand, Pierre Fournier, Richère Poissant, Roland Mainville, S.T.P., SCéGé, Stef, Tamara, Vivaldo, Yanka et Zlad le tike

Commissaire : Marilyne Bissonnette

Du premier octobre 2022 au 8 janvier 2023

Rita Letendre/Tableaux tumultueux

À propos

Fortement contrastée, l’œuvre de Rita Letendre évolue le long d’une trajectoire artistique d’abord gestuelle, composant avec les taches et l’épaisseur de la matière. Elle se métamorphose par la suite en une série de lignes droites calculées qui deviendront, avec le temps, plus libres et mouvementées. Si son univers s’est transformé, il s’est appuyé avec constance sur une structure sous-jacente sombre, souvent noire, qui galvanise la surface à tout coup. Ce système d’organisation favorise le jaillissement de la lumière et d’une énergie tumultueuse. Inspirée par l’immanence de la nature et de la vie, traduite par un évident attachement pour le paysage, Rita Letendre nous fait transiter le long de tracés qui se défilent sous la forme de routes et de ciels en mouvement ou nous attirent vers des bas-fonds caverneux.

Cette exposition prévue au Musée depuis quelques années se matérialise aujourd’hui, bien malgré nous, sous la forme d’un hommage posthume à cette grande peintre féministe qui nous a quittés l’an dernier. Faisant partie des quelques femmes de sa génération qui ont œuvré dans le milieu de l’art, elle aura contribué à ouvrir la voie à celles qui lui ont succédé. Dans un esprit de sororité, nous avons réuni près de ses premières œuvres des tableaux d’artistes femmes d’ici, consœurs et issues de générations plus récentes, qui, comme elle, ont adopté l’abstraction comme mode d’expression.

Entièrement réalisée à partir d’œuvres de la collection du Musée, l’exposition propose un parcours sur un demi-siècle de carrière à travers les techniques et les aspirations de cette femme mobile et avide de liberté, qui a voyagé outre-mer et vécu sur la Côte ouest états-unienne avant de s’installer définitivement à Toronto. Cette sélection s’amorce avec ses premières œuvres élaborées selon les préceptes de l’abstraction formulés par Paul-Émile Borduas, qu’elle n’a d’ailleurs jamais entièrement délaissés, et se poursuit jusqu’à sa production des dernières années.

L’art de Rita Letendre s’est frayé un chemin dans notre collection par l’entremise des Clercs de Saint-Viateur, les fondateurs du MAJ, qui ont fait l’acquisition d’un tableau en 1968. Près de cinquante ans plus tard, le fils de l’artiste, Jacques Letendre, et sa conjointe, Monique Larocque, ont fait don d’une sélection d’œuvres destinée à compléter le corpus constitué progressivement au Musée. Lors de la préparation de cette exposition, nous avons constaté que notre collection se compose d’une tapisserie imposante et unique dans son parcours artistique. Cette découverte que le MAJ présente pour la première fois au public n’est certainement pas le dernier mystère que nous réserve la production de cette artiste prolifique qui s’est engagée dans une recherche infinie, la quête de soi.

Biographie

Née en 1928, à Drummondville, Rita Letendre fréquente l’École des beaux-arts de Montréal et participe à plusieurs manifestations du groupe automatiste dans les années 1950. Peintre et graveuse, elle se distingue par la réalisation de murales intérieures et extérieures au Canada et aux États-Unis. En 2010, le Prix du Gouverneur général du Canada lui est décerné. Ses œuvres se retrouvent dans de nombreuses collections publiques et privées à travers le pays. Elle est décédée en novembre dernier à Toronto.

Commissaire : Julie Alary Lavallée

Du 15 octobre 2022 au 15 janvier 2023

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Faye HeavyShield/Clan

À propos

L’exposition Clan s’est élaborée sans prédétermination de la part de l’artiste, mais plutôt en se déployant de manière organique. Faye HeavyShield entretient ici un dialogue avec les façons dont l’idée se présente à elle, en la laissant se distiller tout au long du processus jusqu’à ce qu’elle révèle sa forme véritable, son essence. Tout comme le territoire où elle s’inscrit, l’idée n’est ni enclose ni limitée. Elle est libre de devenir ce qu’elle doit être; en cela, elle est semblable à la rivière ou à la vallée, qui sont perpétuellement en transformation, sans pourtant être autre chose que ce qu’elles sont. L’œuvre qui en découle reflète précisément cette pensée.

La terre et le temps sont les matériaux avec lesquels Faye HeavyShield travaille. Des gestes sont posés sans effet durable sur la terre, façon de reconnaître qu’elle est soumise à des fluctuations constantes. Ils rappellent l’impermanence de la présence des femmes sur celle‑ci et la nature transitoire de la terre elle-même. L’état du territoire au moment de la production devient partie intégrante du travail de l’artiste : le temps qu’il fait, la température, le ciel, les sons. Des actes ludiques sont accomplis à travers le temps et l’espace, la terre et le geste. Des relations sont évoquées implicitement – les liens de parenté entre femmes et, peut-être plus fondamentalement, ceux qui les unissent à la terre. La communication entre les femmes et la terre passe par leurs actions. C’est le lien physique qui les relie à elle qui est exprimé. L’ensemble reste ouvert à l’interprétation; chacun est libre d’y prêter un sens ou un propos plus profond.

Clan résiste aux catégorisations en brouillant les frontières qui séparent les pratiques artistiques et médiatiques : art in situ, performance, vidéo, photographie, documentaire, textile, installation, sculpture. Le projet ne peut être réduit à aucune de ces étiquettes, tout en englobant néanmoins des éléments de chacune.

L’exposition comprend une murale photographique des voies navigables Kainai créée par Faye HeavyShield, A river is a river but it is never the same [Une rivière est une rivière, mais elle n’est jamais la même].

Biographie

Faye HeavyShield est membre de la Confédération des Pieds-Noirs et de la Première Nation Kanai (Gens-du-sang) de la région des Foothills au sud de l’Alberta. Elle parle couramment la langue des Pieds-Noirs et a étudié à l’Alberta College of Art and Design à Calgary. Le paysage de sa communauté d’origine située près de Stand Off est partout présent dans les images et les matériaux issus de la nature qu’elle utilise dans des œuvres minimalistes. Son travail a fait l’objet de nombreuses expositions solos et collectives : Nations in Urban Landscapes (Contemporary Art Gallery, Vancouver); rock paper river (Gallery Connexion, Fredericton); Into the Garden of Angels (The Power Plant, Toronto); et blood (Southern Alberta Art Gallery). Ses œuvres font aujourd’hui partie des collections du Musée des beaux-arts du Canada, du Musée McMichael (Ontario), de l’Alberta Foundation of Art et du Musée Glenbow à Calgary (Alberta), du Heard Museum à Phoenix (Arizona), de la MacKenzie Art Gallery à Regina (Saskatchewan) et de la Kelowna Art Gallery (Colombie-Britannique).

Kylie Fineday est une artiste émergente nehiyaw (Cri des plaines), conservatrice et professionnelle de galerie de la Première Nation Sweetgrass, en Saskatchewan. Elle est actuellement établie à Lethbridge, en Alberta, et est diplômée du programme BFA-Art Studio de l’Université de Lethbridge, qu’elle a terminé en 2020 avec grande distinction, une thèse de spécialisation et la médaille d’or de la faculté des beaux-arts. Sa pratique artistique se concentre souvent sur les thèmes de l’identité et de l’histoire familiale, ainsi que sur les questions sociales et les injustices, en particulier celles qui touchent les peuples autochtones du Canada. Sa pratique matérielle est multidisciplinaire et comprend le dessin, la photographie, la performance, la sculpture et le travail textile. Fineday a exposé ses œuvres dans diverses institutions de Lethbridge, en Alberta, et a également travaillé sur divers projets de conservation au sein de la communauté.

Kristy Trinier est commissaire, directrice artistique et consultante en arts. Elle a occupé différents postes, dont ceux de commissaire d’exposition à la Galerie d’art de l’Alberta; directrice de l’art public au Conseil des arts d’Edmonton, où elle a administré la collection d’art public de la ville; et, au Centre des arts de Banff, directrice des arts visuels, numériques et médiatiques, chargée de cours à temps partiel, ainsi que chercheuse et rédactrice attitrée aux campagnes de subvention. Elle est secrétaire et membre principale de l’Ociciwan Contemporary Art Collective et productrice du Publication Studio Edmonton/66B, un projet d’impression sur demande de livres d’artistes. En 2018, elle a siégé au jury du Prix Sobey pour les arts. Elle détient un baccalauréat en arts visuels et en études anglaises de l’Université de Victoria et une maîtrise en art public du Dutch Art Institute (Pays-Bas), où elle a obtenu une bourse Huygens et travaillé sous la direction de Thomas Köner. En tant qu’artiste, elle a exposé ses œuvres à la Galerie d’art de l’Alberta, au Mediamatic Cultural Institution, au KunstRAI, au Trondheim Kunstmuseum, à la Villa de Bank, au Kunsthalle Fridericianum et ailleurs. Elle poursuit aujourd’hui des études doctorales en philosophie, art et pensée critique à l’European Graduate School en Suisse.

Commissaires : Kylie Fineday et Kristy Trinier

Du 15 octobre 2022 au 15 janvier 2023

Oubliés ! Scott, Brandtner, Eveleigh, Webber :
revoir l’abstraction montréalaise des années 1940

À propos

Quatre artistes – une femme et trois hommes – peu ou mal connus ont participé dans les années 1940 à Montréal aux ruptures esthétiques qui ont mené à l’abstraction. Bien présents dans le milieu de l’art de cette décennie, Marian Dale Scott, Fritz Brandtner, Henry Eveleigh et Gordon Webber ont retenu l’attention de la critique de l’époque, pour qui le terme «art abstrait» désignait aussi bien une œuvre non objective qu’une exploration formelle audacieuse pouvant conserver quelques références au monde extérieur.

Les œuvres de ces artistes témoignent de leur ouverture aux courants de l’art contemporain international de leur temps, français, allemand, britannique comme américain. Toutefois, l’unité stylistique des automatistes, regroupés autour de Paul-Émile Borduas, a en quelque sorte imposé cette conception selon laquelle l’abstraction découlait de l’impulsion spontanée d’un geste initial, d’une écriture plastique non préconçue. Ceci, comme la portée révolutionnaire du discours de leur manifeste, Refus global, publié en 1948, les a positionnés comme l’avant-garde abstraite au Québec avec cette conséquence que les visions différentes de l’abstraction qui s’exprimaient alors ont été reléguées à l’arrière-plan.

Cette exposition veut redonner place aux œuvres de ces oubliés de l’aventure de l’art abstrait, montrer que leur approche s’inspire de plusieurs sources et confronte également différents enjeux, ceux de l’émotion, de la science ou de l’expérience humaine au sens large, mais aussi ceux de la violence de leur époque.

Un mot sur les œuvres présentées dans l’exposition

Une œuvre d’art est faite de matériaux – la toile, le papier, la couleur – qui changent avec le temps. Certaines œuvres résistent bien, d’autres moins et vont poser des problèmes de conservation : soulèvements ou pertes de matière, bris du support, détachement de la couche picturale, altérations de la surface. Il faut alors restaurer ces œuvres, ce qui est coûteux. Malheureusement, les musées, les institutions ou les particuliers n’ont pas toujours les budgets nécessaires pour effectuer ces restaurations. De ce point de vue, organiser une exposition portant sur des artistes «oubliés» peut s’avérer problématique. Comme ils sont moins connus, leurs œuvres n’ont pas toujours eu accès à la restauration. Mais si on veut les faire connaître, il faut accepter, dans le cadre d’une exposition comme celle-ci, que certaines œuvres ne soient pas dans un état de présentation idéal et doivent cohabiter aux côtés d’autres bien restaurées. Enfin, certaines se sont révélées trop fragiles pour voyager ou impossibles à déplacer, comme c’est le cas des murales qui sont dans l’espace public. Dans quelques cas, leur présence dans l’exposition est assurée par la photographie.

Biographie

Fritz (Friedrich Wilhelm) Brandtner, Danzig 1896 – Montréal 1969

Originaire d’Allemagne, Brandtner, mobilisé dès ses dix-huit ans, participe aux combats avant d’être fait prisonnier en France. Libéré en mars 1920, il retourne à Danzig où il acquiert une formation largement autodidacte en art et en histoire de l’art. Il émigre au Canada en 1928 et s’installe à Montréal en 1934 où il intègre le milieu des artistes modernes.

Convaincu que l’art peut enrichir la vie des moins favorisées, Brandtner s’implique au cours des années 1940 dans l’enseignement auprès d’enfants dans divers centres de quartiers défavorisés. De 1944 à 1966, il gagne sa vie comme enseignant à l’école de Miss Edgar et Miss Cramp et contribue à initier à sa vision progressiste de l’art les futurs travailleurs sociaux de la School of Social Work de l’Université McGill où il enseigne de 1947 à 1956.

Il participe à de nombreuses expositions individuelles ou de groupe au niveau national comme international et réalise plusieurs murales et décorations publiques.

Henry Rowland Eveleigh, Shanghai 1909 – Montréal 1999

Henry Eveleigh, né à Shanghai d’origine britannique, acquiert sa formation artistique à la Slade School of Art de Londres en 1934. Après divers séjours en Europe et à Shanghai, il émigre au Canada en 1938. Eveleigh, qui a une formation en design publicitaire, travaille dans ce milieu depuis les années 1930. Durant la guerre, il réalise des affiches de propagande pour le service de l’information du ministère des Services nationaux de guerre. En 1947, il remporte le Premier prix du Premier concours d’affiches mondial des Nations unies (ONU), ce qui incite le directeur de l’École des beaux-arts de Montréal à l’embaucher pour créer le département des arts graphiques et du design. Parallèlement, Eveleigh fonde avec le designer graphique Carl Dair une entreprise de publicité et de design commercial. Il sera également un des premiers directeurs du programme de design graphique de l’Université du Québec à Montréal, où il enseigne jusqu’à sa retraite, ce qui lui permet de se remettre à la peinture.

Marian Mildred Dale Scott, Montréal 1906 – Montréal 1993

Marian Mildred Dale acquiert très jeune, entre 1917 et 1920, une première formation artistique à l’École d’art de l’Art Association of Montreal. Elle compte ensuite parmi les premières femmes inscrites à l’École des beaux-arts de Montréal où elle étudie de 1923 à 1926 avant d’aller parfaire sa formation l’année suivante à Londres à la Slade School of Art.

Malgré son statut de mère et d’épouse d’un éminent juriste, poète et homme politique de la gauche sociale-démocrate canadienne, Francis Reginald (Frank) Scott, l’artiste poursuit jusqu’à la toute fin de sa vie. Membre fondateur, en 1939, de la Société d’art contemporain, elle y expose régulièrement. Durant plus de sept décennies, elle présente de ses œuvres aux expositions annuelles de l’Art Association, de l’Académie royale des arts du Canada, du Groupe des peintres canadiens et participe à de nombreuses expositions collectives au niveau national comme international. Elle réalise également deux murales publiques.

Gordon McKinley Webber, Sault-Sainte-Marie, Ontario, 1909 – Montréal, 1965

Gordon Weber acquiert sa première formation artistique au Ontario College of Art de 1924 à 1927 et à l’Art Students League de Toronto de 1928 à 1930. Au cours des années 1930, il expose et enseigne, notamment au Children Art Centre d’Arthur Lismer. En 1937, Webber s’inscrit au New Bauhaus (School of Art and Design de Chicago) et y reste jusqu’en 1942. Il étudie entre autres sous la direction de Moholy-Nagy.

En 1943, Webber s’installe à Montréal, ayant été embauché comme professeur de design à l’École d’architecture de l’Université McGill sur la recommandation d’Arthur Lismer. Il enseigne à l’École d’art et de design de l’Art Association of Montreal de 1943 à 1954. Ce signataire en 1948 du manifeste Prisme d’yeux du groupe d’Alfred Pellan, Webber prend part aux deux expositions du groupe. Tout au long de sa carrière, Webber participe à de nombreuses expositions individuelles comme collectives. Il réalise nombre de murales et de projets décoratifs intégrés à l’architecture.

Esther Trépanier (commissaire)

Professeure émérite du département d’histoire de l’art de l’UQAM depuis 1981, Esther Trépanier a été directrice générale du Musée national des beaux-arts du Québec de 2008 à 2011 et directrice de l’École supérieure de mode de Montréal de 2000 à 2007. Elle est l’auteure de nombreux livres, catalogues d’expositions et articles ayant porté sur l’art québécois et canadien des premières décennies du XXe siècle et sur les questions relatives à la modernité. Mentionnons, entre autres, Peinture et modernité au Québec, 1919-1939 (Nota bene, 1998) et Peintres juifs de Montréal. Témoins de leur époque, 1930-1948 (Les Éditions de l’Homme, 2008). Elle a aussi œuvré, à titre de collaboratrice ou de commissaire, à la réalisation de plusieurs expositions, dont Marian Dale Scott. Pionnière de l’art moderne (MNBAQ, 2000), Femmes artistes. La Conquête d’un espace : 1900-1965 (MNBAQ, 2009 ; MAJ, 2010) et Mode et apparence dans la peinture québécoise, 1880-1945 (MNBAQ, 2012).

Commissaire : Esther Trépanier

Du 15 octobre 2022 au 15 janvier 2023

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